Patrimoine
Bien culturel immatériel : les gardes du Bisse du Trient
Trient
Connaissances et savoir-faire liés à la nature et à l’univers
Descriptif du savoir-faire des gardes du Bisse du Trient
Le gardiennage des canaux d’irrigation traditionnelle de montagne (bisses en Valais central) est un savoir-faire qui remonte à la période où le Valais a connu la nécessité d’aménager son territoire pour amener de l’eau des glaciers aux terres agricoles. Les premiers documents, qui datent du Moyen-Age, se réfèrent à la façon de construire les bisses et de les gérer de manière consortiale. Travail saisonnier, souvent répétitif, mais demandant parfois une grande capacité de réaction, l’entretien du bisse du Trient occupe actuellement quatre gardiens du début juin jusqu’au 15 septembre. Ils garantissent que le bisse soit contrôlé 7/7 jours. Ils ont pris le relais de l’ancien gardien, aujourd’hui nonagénaire. Pour les quatre gardiens, il s’agit d’un complément de revenu par rapport à leur activités professionnelles principales. Autrefois, le garde était nommé à tour de rôle parmi les hommes de la communauté. Le garde doit tout d’abord assurer le bon écoulement des eaux. Leurs tâches sont rassemblées dans un cahier de charges. Ce sont : le contrôle et la gestion de la prise d’eau et des écluses, le désensablage des étangs de stockage et des répartisseurs, le nettoyage des chenaux en bois ou en métal de tous les débris naturels ou déchets, l’entretien des rives, le contrôle des tuyaux, etc.
Coordonnés par le consortage du Trient et les Communes de Martigny-Combe (servie par le bisse) et de Trient, les gardiens du bisse font face aujourd’hui à des défis inédits. Il s’agit d’un rôle ancré dans le passé mais qui requiert des connaissances modernes. Surtout, une connaissance du comportement du torrent assise par une expérience directe de leur vécu est également fondamentale. Ils interviennent en urgence en cas de grandes pluies, mais ils doivent aussi gérer les périodes de sécheresse, afin de garantir toujours de l’eau dans le bisse. La motivation à la base du service à la communauté est liée à la volonté de garder une pratique, celle de l’irrigation traditionnelle, ainsi qu’une mémoire, celle liée à la construction du chemin pour acheminer la glace du glacier du Trient au début du XXe siècle et, après, celle du bisse.
Biens culturels immatériels liés
Une bonne dose de créativité est requise pour les gardiens. Par exemple, l’un des gardiens vient de proposer de faucher à la main le long du bisse plutôt qu’à la débroussailleuse. Le service des travaux publiques de la Commune du Trient a accepté de leur laisser faire. En effet savoir utiliser la faux fait partie des savoir-faire agricoles traditionnels. Cette introduction n’a rien de passéiste, elle est très moderne. Il s’agit de permettre aux arbustes et plantes fauchés de retenir leurs racines, ce qui permet une meilleure tenue du terrain. Le fauchage manuel permet également de sauvegarder la faune locale, comme les grenouilles, autrement victimes des engins de débroussaillement.
La pratique de l’irrigation traditionnelle paraît sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’UNESCO.
Les consortages des bisses sont reconnus dans la liste des traditions vivantes suisses.
Patrimoine culturel matériel associé
Le bisse du Trient, qui date du 1895, est relativement récent par rapport à d’autres bisses valaisans. Il prend le nom du torrent, éponyme du glacier situé dans le Massif du Mont-Blanc. Jusqu’au Col de la Forclaz, à 1526 mètres d’altitude, il est en plein air et il suit le chemin qui permettait l’exploitation et le transport de la glace, de 1850 à 1893, dont il reste des vestiges comme les rails. Après, il dévale vers les terrains de Martigny-Combe. Ses eaux sont captées dans un réservoir, avec celles du torrent de Saint-Jean. L’irrigation se fait par aspersion.
La construction des chenaux en bois est actuellement de la compétence du triage forestier.
Les outils du gardiennage ne sont pas spécifiques du métier (délabres, pelles, pioches, cisailles, fourches, râteaux, etc.). Ceux qui avaient été utilisés autrefois font partie du patrimoine culturel matériel associé. En font aussi partie le marteau et le bâton de consortage, utilisés avant les cahiers pour graver les marques de famille indiquant les droits d’eau.
Les cahiers (ou carnets) des consortages retracent l’histoire de la gestion des bisses et les droits d’eau des propriétaires-consorts.
Actions de valorisation
Le bisse est encore dévolu à sa première fonction : l’irrigation des terres agricoles de la Commune de Martigny-Combe. Pour cette raison, le savoir-faire du gardiennage du bisse est ici vivant. Toutefois, comme pour d’autres bisses en Valais, il fait l’objet d’une mise en valeur culturelle et touristique depuis les années 1980. Le sentier qui part du Col de la Forclaz et mène au chalet du glacier (une buvette est ouverte pendant la belle saison) est inscrit dans le réseau cantonal des chemins de randonnée. Il fait découvrir le bisse dans sa partie en plein-air pour une longueur de 3.2 km. Sur le sentier, des restes des rails et des chariots, ainsi qu’un panneau explicatif, renseignent sur l’ancienne activité d’exploitation de la glace.
Le bisse du Trient est aussi l’un des sentiers ludo-didactiques pour enfants du projet « Charlotte la Marmotte » du Centre régional d’études des populations alpines (CREPA).
Au niveau cantonal, un musée des bisses est abrité sur la Commune d’Ayent tandis qu’une association des bisses du Valais a vu le jour en 2010.
Menaces et perspectives
Être gardien d’un bisse de nos jours est tout d’abord une passion, animée par une dévotion pour les travaux faits par les ancêtres et une volonté de garder ce patrimoine. Le savoir-faire du gardien du bisse sera toujours vivant tant que l’irrigation par les bisses sera en fonction. Les menaces sont de deux types : la disparition du système d’irrigation traditionnelle et la perte d’intérêt pour la reprise de ce savoir-faire par les nouvelles générations.
Références
- ANNALES VALAISANNES [2010-2011] : Les bisses. Economie, société, patrimoine (Actes du colloque international Sion 2-5 septembre 2010)
- Auguste Vautier, Au pays des bisses, Lausanne : Spes, 1942.
- Dossier de présentation en vue de l’inscription des bisses du Valais sur la liste indicative de l’UNESCO. Élaboré par le Comité de l’Association des Bisses du Valais. URL : https://bisses-valais.ch/app/uploads/2019/09/Synthese-Site-internet.pdf
Mots-clés
eau, irrigation, bisse
Personnes interviewées
Paul Gay-Crosier (conseiller communal pour la commune de Trient)
Christophe Huguenin (garde du bisse)
Pour en savoir plus
- Le bisse du Trient, 1935
- Vallée et glacier, Trient, 1945
- Bisse du Trient, 1961
- Tourisme pédestre et mise en eau des bisses, 17 juillet 1986
- Les consortages en Valais (liste traditions vivantes en Suisse)
- L'irrigation traditionnelle : connaissance, technique et organisation (liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité UNESCO)
- Bisses du Valais
Emplacement / Accès
Coordonnées GPS :
46.057093020941856, 7.000885882001572
Contact
Parc naturel régional de la Vallée du Trient
email info@parc-valleedutrient.ch
link /fr/parc-naturel-regional
location_on
Rue Marconi 1
1922 Salvan