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Patrimoine

Bien culturel immatériel : le métier de barragiste

Connaissances et savoir-faire liés à la nature et à l’univers

Descriptif du métier de barragiste

A partir de l’après-guerre, le Valais entre dans la modernité, notamment avec la construction des premiers aménagements hydroélectriques. Véritable ouvrage d’art du XXe siècle, un barrage est une construction en béton qui permet de stocker de l’eau en vue de produire de l’électricité en noyant une vallée. Comme pour d’autres régions alpines, la ressource en eau ne manque pas. Le système orographique, puis, en fait un lieu idéal pour la production d’énergie hydraulique, déjà exploitée dans le passé par des moulins. Avec la construction de ces imposants ouvrages, un nouveau métier émerge : celui de barragiste. Des nouvelles connaissances et savoir-faire sont requis, afin de contrôler, entretenir et surveiller les aménagements. Agent d’exploitation spécialisé, un barragiste est responsable d’exécuter les mesures et les inspections visuelles de l’ouvrage afin de détecter à temps toute menace sur la sécurité de l'ouvrage et de garantir que l’eau puisse alimenter les turbines des centrales hydroélectriques. Il doit contrôler et enregistrer, selon une fréquence qui varie par rapport aux contrôles à faire, les mouvements qui se produisent dans les murs à cause de la pression de l’eau et des variations de températures qui agissent sur le béton. Pour faire cela, il utilise des pendules de mesure, des manomètres, des clinomètres, des roc mètres et des sondes de température électronique des manomètres et des thermomètres électriques. Les mesures de l’eau d’infiltration, à l’aide de jaugeages volumétriques, le contrôle des vannes et le suivi des travaux d’entretien font aussi partie de ses tâches. Bien qu’une brève formation technique soit requise, il s’agit d’un métier appris sur le terrain. Les barragistes se déplacent souvent en paire, la transmission des savoir-faire passe donc par les coéquipiers plus anciens. La plupart des barragistes ont une formation technique dans des métiers tels que le génie civil, la mécanique ou l’électricité, mais ils témoignent d’une véritable passion pour ce métier. Si les tâches sont restées les mêmes, l’instrumentation et les conditions de travail ont beaucoup évolué. Cela requiert une constante mise à jour. Des échanges de connaissances avec les barragistes d’autres centrales hydroélectriques ont lieu régulièrement. 

Biens culturels immatériels liés

La conception des barrages fait appel à un grand nombre de disciplines, notamment celle dans le domaine de l’hydraulique. Dans le passé, les moulins et les premières petites usines hydrauliques faisaient références aux connaissances des meuniers, scieurs et usiniers. Après, avec la construction des premiers ouvrages d’accumulation, les connaissances des barragistes et des ingénieurs ont été fondamentales. En Suisse, il existe 4 niveaux de contrôle de la sécurité des barrages. Le métier de barragiste se situe au niveau 1. La formation est à la charge de l’exploitant de l’ouvrage d’accumulation. La surveillance de niveau 2 est assurée par les ingénieurs des mêmes entreprises d’exploitation qui interprètent les mesures des barragistes. Le niveau 3 est assuré par un expert externe et le niveau 4 par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN).

Pour l’histoire ancrée dans la région et pour le développement des connaissances et des savoir-faire, « Les savoir-faire en relation avec l’exploitation de l’énergie hydraulique » sont inscrits sur la liste nationale des traditions vivantes en Suisse depuis août 2023. Des recherches menées par les cantons engagés sont en cours afin de finaliser la fiche officielle.

Liée à la construction des barrages dans le passé et à l’immigration de main-d’œuvre étrangère, « l’Italianità en Valais », reconnue sur la liste cantonale des traditions vivantes, est strictement liée à ce chapitre de l’histoire du canton.

Patrimoine culturel matériel associé 

Dans la région du Parc naturel régional, on compte actuellement trois barrages en fonction. Le barrage de Salanfe, sur la Commune d'Evionnaz, capte les eaux de deux bassins versants, Salanfe et Saufla, et sert la centrale de Miéville à Vernayaz. Le barrage d’Emosson, sur la Commune de Finhaut, capte les eaux des bassins versants en amont ainsi que du Massif du Mont-Blanc et même une partie du val Ferret, ce qui sert à alimenter quatre centrales : la centrale de Vallorcine propriété d’Emosson SA, la centrale de la Bâtiaz à Martigny propriété d’Emosson SA, la centrale de Châtelard-Barberine propriété des chemins de fer fédéraux CFF et la centrale de Vernayaz propriété des chemins de fer fédéraux CFF.  Le barrage du Vieux Emosson, captant les eaux de son bassin versant et servant au turbinage-pompage de la centrale de Nant de Drance, propriété de Nant de Drance SA. Un quatrième barrage historique est celui de Barberine, noyé dans les eaux d’Emosson depuis la construction de celui-ci en 1975 et propriété de CFF, il est en principe visible au printemps depuis le barrage d’Emosson. Témoins du développement infrastructurel, économique et social du Valais, les barrages, ainsi que les autres constructions concernées, sont considérés comme des ouvrages d’art.

Les mesures ont été effectuées dès le début, mais les appareils d’auscultation ont beaucoup évolué. Ceux du passé, conservés dans les usines et les centrales hydroélectriques et souvent exposés au public, font désormais partie du patrimoine lié au métier de barragiste.

Actions de valorisation

Il existe un comité suisse des barrages, le CSB, qui organise des congrès et des moments d’échanges entre barragistes. En 2023, il a fêté le 75e anniversaire en organisant la rencontre de l’ICOLD (International Commission on Large Dams) à Interlaken.

La plupart des barrages est visitable à l’extérieur à travers des balades hydroélectriques. Le barrage d’Emosson offre la possibilité de visiter une galerie interne pour découvrir le métier de barragiste et les instruments de mesure qu’il utilise. Pareillement, les centrales de Châtelard-Barberine avec son musée (sur réservation) et la centrale de Miéville sont accessibles au public.

Menaces et perspectives

L’eau permet de produire de l’énergie renouvelable. Il y a de plus en plus intérêt à la stocker pour la production d’électricité, notamment après la crise énergétique de 2022. Le métier de barragiste ne semble pas être menacé, bien que des évolutions soient envisageables au niveau de l’utilisation des nouvelles technologies. Les mesures manuelles resteront toujours-là, mais les nouvelles possibilités offertes par le numérique permettent désormais d’effectuer des mesures en continu.

Références

  1. Valentini C. (2022), « Barrages et usines hydro-éléctriques en Valais », Forum, 38.
  2. Office fédéral de l’énergie OFEN (2015), Directive relative à la sécurité des ouvrages d’accumulation. Partie D : mise en service et exploitation.

 

Mots-Clés

eau, énergie, aménagement hydroélectrique, ouvrage d’accumulation, mesures

 

Personnes interviewées

Fagherazzi Michel (Barragiste au Vieux Emosson pour les CFF.)

Didier Rosset (Coordinateur de site de la centrale CFF de Châtelard et ex-barragiste au Vieux Emosson)

 

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