Patrimoine
Bien culturel immatériel : l'art du carillonnage
Saint-Maurice
Pratiques sociales, rituels et événements festifs
Descriptif de l'art du carillonnage
La tradition campanaire valaisanne présente une étonnante diversité : nombre de cloches, mécanismes de fonctionnement, tonalités qui rendent unique chaque carillon de la région. Autrefois utilisé pour marquer les événements importants de la vie collective, il demeure encore l’instrument populaire pour rythmer les temps forts d’une communauté bien que son utilisation se soit différenciée avec l’introduction de concerts ou de festivals qui vont de la musique sacrée au répertoire classique en passant par la musique pop sans oublier des expérimentations modernes. De nos jours, il existe 3 manières de jouer du carillon : électrique, où les tintements et les volées de cloches ont été électrifiés ; mécanique, où le carillon est un instrument qui actionne les cloches nichées dans le clocher par le biais d’un clavier et de pédales ; et à la main, en tirant des cordes, c’est-à-dire le carillon traditionnel valaisan. Faire encore tinter ce type de carillon, présent dans les communes de Salvan, Finhaut, Trient et Evionnaz, c’est le savoir de quelques sonneurs de cloches. L’appellation « carillonneur » désigne les sonneurs de cloches traditionnels et ceux qui jouent les carillons mécaniques. Le cas du carillon de l’Abbaye de Saint-Maurice, qui remonte à au moins 1818 mais dont la tradition est pluriséculaire, montre ces changements produits au fil du temps. Electrifié en 1962, en 1995 il retourne aux sources en ayant la possibilité d’un retour au « carillonnage » traditionnel avec l’installation d’un carillon de type valaisan composé par huit cloches de volée. En 2004, finalement, un « grand carillon » moderne de 49 cloches mécanisées avec une variante Strauss pour le clavier y a été installée selon les normes internationales. Ces changements qui interfèrent sur les manières de carillonner ont comporté par la suite des changements au niveau de l’apprentissage et de la transmission. Les carillonneurs traditionnels n’étaient pas des professionnels, ils jouaient des mélodies par cœur et la transmission des sonneries se passait à l’oral. Aussi le savoir-faire de la traction des cordes était appris à travers le geste. Différents carillons étaient joués par plusieurs carillonneurs en même temps. En Suisse, il n’y a pas d’école pour carillonneurs. Ceux qui le jouent peuvent avoir des formations différentes ou se former à l’étranger. Il reste également un passage de savoir d’un carillonneur à l’autre, notamment en cas de succession.
Biens culturels immatériels liés
La pratique de carillonner selon la méthode valaisanne traditionnelle, en tirant sur des cordes ou des chaînes attachées aux battants pour produire des notes, est inscrite sur la liste nationale des traditions vivantes en Suisse depuis août 2023. Déjà reconnue par le canton du Valais en tant que patrimoine culturel immatériel, elle trouve sa particularité dans la technique dite « au piqué ». Cette pratique prévoit que la cloche soit sonnée en exécutant un tour complet sur son axe jusqu’à ce qu’elle soit à l’envers. Dans le carillon valaisan les cloches, en moyenne de 3 à 6, sont configurées pour sonner à la volée.
Les mélodies écrites pour les carillons par différents auteurs ou carillonneurs – autrefois construites souvent sur des rythmes de danses populaires (valses, polkas, mazurkas) et maintenant sur des genres musicaux contemporains – démontrent aujourd’hui les fortes possibilités musicales, artistiques et créatives qui en découlent.
Un festival de carillons est désormais inscrit au calendrier culturel de l’Abbaye de Saint-Maurice. Il fêtera sa 5e édition en 2024, 20 ans après l’installation du carillon actuel.
Le Valais ne dispose pas d’une industrie campanaire comme dans d’autres cantons. Cependant, les fonderies de cloches pluri-centenaires de Suisse et d’ailleurs sont les gardiens des savoirs et savoir-faire liés à l’artisanat de la fabrication des cloches.
Patrimoine culturel matériel associé
Le patrimoine campanaire se compose des cloches abritées dans les clochers des églises. Chacune porte son prénom. En ce qui concerne les cloches du carillon de l’Abbaye de Saint-Maurice, inauguré en 2004 et devenu à l’occasion le plus grand de Suisse, 45 d’entre elles ont été produites exprès tandis que 4 cloches ont été reprises de la sonnerie en volée. Le bourdon, la plus grande cloche du carillon, appelé Trinitas, a été offerte à l’occasion du Jubilé de l’an 2000.
Actions de valorisation
Le « Verein /Association Carillon-VS » a pris le relais de l’ancienne confrérie valaisanne des carillonneurs et elle est devenue la référence pour l'art valaisan de jouer du carillon. Elle réunit actuellement des carillonneurs du canton et elle a pour but la collecte de matériel et de témoignages sur le jeu du carillon, la documentation des carillons encore en activité, la coopération avec les institutions cantonales, suisses et privées et l’assistance à la réactivation des carillons inutilisés. Sur le site internet de l’association, on y trouve infos, vidéos, photos et exemples audio.
La guilde des carillonneurs et campanologues suisses est une association fondée en 1991. Elle regroupe des carillonneurs, des campanologues et des amateurs de cloches en Suisse. Elle fait partie de la Fédération mondiale du Carillon et édite une revue annuelle.
Des visites, concerts et festivals sont organisés à l’Abbaye de Saint-Maurice et dans d’autres communes.
Menaces et perspectives
L’électrification de nombreux carillons a fait disparaître le carillon valaisan traditionnel de nombreux endroits. Cependant, plus de 30 clochers sont encore joués manuellement aujourd'hui en Valais. La Fédération Mondiale du Carillon (FMC, www. carillon.org) définit le carillon comme « un instrument de musique composé de cloches en bronze, accordées et jouées au moyen d’un clavier à bâtons ». Mais seuls les carillons d’au moins 23 cloches sont pris en considération. En Valais, le carillon de Saint-Maurice et celui de Lens (24 cloches) en font partie, tandis qu’en Suisse on a aussi les instruments de Carouge (37 cloches), Pully (48 cloches) et Genève (37 cloches).
Références
- Vernet M. (1963), Cloches et musique, Neuchâtel : La Baconnière.
- Marin H. (1992), « Confrérie valaisanne des carillonneurs » en Campanae Helveticae : organe de la Guilde des Carillonneurs et Campanologues Suisses.
- Roten F. (1997), « Cloches et carillon à l'Abbaye de Saint-Maurice (VS) », en Campanae Helveticae : organe de la Guilde des Carillonneurs et Campanologues Suisses.
- Roten F. (2001), « Un nouveau bourdon pour l'Abbaye de Saint-Maurice (VS) », en Campanae Helveticae : organe de la Guilde des Carillonneurs et Campanologues Suisses.
- Friedrich A., Roten F. (2004), « Un nouveau carillon à l'Abbaye de Saint-Maurice (VS) », en Campanae Helveticae : organe de la Guilde des Carillonneurs et Campanologues Suisses.
Mots-clés
musique, cloches, clochers, églises, patrimoine religieux
Personnes interviewées
Beat Jaggy (musicien et spécialiste des carillons traditionnels valaisans)
Antoine Cordoba (carillonneur de l’Abbaye de Saint-Maurice)
Pour en savoir plus
- Sélection de photos du carillon de l’Abbaye de Saint-Maurice
- Canal youtube d’un passionné des paysages campanaires suisses
- Son exceptionnel (enregistrement du carillon de Saint-Maurice en 1939)
- Fondation de la Confrérie valaisanne des carillonneurs et autres sujets relatifs au carillon, ca 1960-1980 (dès la min. 22)
- Carillon de Salvan, 31 août 1996
- Les carillons, de la facture à l'audition (Musique et mémoire, 24 septembre 2004)
- "The First" de Thomas Chilcot au carillon; Suite de Bach au carillon (26 septembre 2004)
- Enregistrements historiques de Radio Lausanne RSR et du studio de Berne de la DRS
Emplacement / Accès
Coordonnées GPS :
46.21732099899794, 7.003022457359568
Contact
Parc naturel régional de la Vallée du Trient
email info@parc-valleedutrient.ch
link /fr/parc-naturel-regional
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Rue Marconi 1
1922 Salvan